16 juin 2016 ~ 0 Commentaire

rappel historique

Ci-dessous un texte paru dans Le Courrier de la Nature de l’automne 1961 (l’année qui pouvait se lire aussi bien à l’envers ) , c’était les débuts ! on n’appellait pas encore ça de l’ »écologie politique » (initiée, c’est mémorable, par René Dumont en avril 1974) ni même de l’ »écologie », mais de la protection de la nature, et les protecteurs, et les écologistes (les scientifiques donc, étudiant l’écologie), même si ils avaient une émission hebdomadaire à la radio, vers midi, (la radio à l’époque était infiniment plus libre, riche et variée que maintenant) avaient l’impression de prêcher dans le désert, sous les moqueries des gens « sérieux » (rappelons que le changement dans l’ »opinion » des mass-médias et de politiques, qui a commencé à rendre l’écologie quelque-chose d’interessant et d’important a été suite au naufrage du Torrey-canyon

(réécoutez, c’est sur internet ! la chanson que lui avait consacré Serge Gainsbourg)

j’ai assisté à cette époque, ça a été spectaculaire ! en l’espace de quelques mois un sujet jusqu’alors moqué et ignoré est tout à coup devenu reconnu et respectable,  un engouement !) et (on revient aux années antérieures) contrecarrés par l’arrogance glacée des « aménageurs » et des hommes de « progrès ». Même le livre « phare » et historique qui fut initiateur de l’alarme environnementale: « Printemps silencieux » de Rachel Carson, n’était pas encore paru (il a paru en 1962, cherchez sur Internet) L’oeuvre de Jacques Ellul ni celle de Bernard Charbonneau n’était pas encore publiée.
C’était l’époque où il apparaissait inconcevable à un journaliste que des « jeunes » puissent s’interesser à des choses aussi bizarres et futiles que les plantes ou les animaux, plutôt qu’à des centres d’interêts aussi naturels et aussi sérieux que les chanteurs de twist ou les voitures de sport ! et quand par exeption il leur arrivait d’en parler se sentaient obligés de s’excuser de présenter des gens aussi étranges et dépourvus d’interêt.
Les propos qui paraissaient sur le bulletin de la Société Nationale de Protection de la nature (j’en faisais partie! dans la section pour enfants) apparaissent maintenant comme le début d’un retour à la raison et un « printemps des peuples ».

La révolte ça peut aussi être comme ça http://fr.wikipedia.org/wiki/Earth_Liberation_Front#cite_ref-W35_34-0

 Le temps des Vandales

Nature, Nature, pauvre Nature ! Nos ancêtres qui ne parlaient jamais de la Nature, parce qu’elle existait encore, ne savaient pas leur bonheur. Quand on a parlé de son amour, c’est qu’elle était bien près de mourir, et les hymnes que lui ont dédiés les poètes ressemblent fort à des oraisons funèbres. Et plus les ans ont passé, plus les forces qui la menacent se sont fait insolentes. C’est à qui déboisera, lotira, défigurera, prostituera les plus nobles paysages, et bien entendu, au nom de la science, de la technique, ou des nécessités de la vie moderne.

 

La vie moderne ! Qu’on nous laisse rire, ou pleurer. Est-ce pour nous punir de vivre au XXè siècle, comme si nous l’avions choisi, que des ingénieurs frénétiques rendent notre pays inhabitable ? que toute beauté leur est une injure qu’ils vengent au plus vite ? qu’il leur est impossible de voir une rivière suivre son cours véritable, ou une forêt conserver son intégrité, ou une montagne son secret et sa flore ? Au nom de l’Electricité, on noie les vallées, et on nous fait croire que nous avons tout à y gagner, parce que les touristes iront en été y tremper leur carcasse dans les eaux captives. On nous persuade que les lignes électriques, leurs pylônes et leurs ficelles ajoutent du charme aux Alpes et aux Pyrénées. On nous assure que la forêt de Fontainebleau aura bien plus d’amoureux quand une autoroute l’aura dévastée pour éviter cinq minutes de voyage à des gens qui ne savent où ils vont, ni pourquoi ils y vont.

 

Il n’y a plus de région de notre territoire qui ne soit désormais déshonorée par des absurdités de cet ordre, et le « Désert Français » lui-même se met à la mode.

 

Je sais bien qu’il faut vivre, mais à quoi bon vivre, si c’est devant le spectacle éternel de ruines irréparables ? Mais les technocrates, qui ne connaissent que les murs de leurs bureaux et le cuir de leur fauteuil s’en moquent complètement. Mieux, ils mettent tout leur sadisme à imprimer leur griffe monstrueuse le plus profondément possible dans la chair vivante de notre terre, ans se douter qu’ils signet ainsi leur propre malédiction. Et on ne pourrait que désespérer si en face de leur puissance diabolique ne se dressaient quelques hommes de bonne volonté, et de volonté tout court, qui sont décidés, à crier aussi fort qu’il le faudra et à ameuter l’opinion, à la réveiller, et à lui désigner nommément les coupables.

Jusqu’à présent, il semble qu’on ait tremblé devant eux. Armés de leurs diplômes, de leurs équations et de leur insolence, les ingénieurs ont fasciné les ministres, les gouvernements et les foules. Il est temps de démystifier ces gens qui sont sans doute des techniciens habiles, mais qui peuvent être en même temps de parfaits imbéciles et des tyrans malfaisants ; Ils s’arrogent une infaillibilité qui ne leur appartient pas, et partout où ils passent, leur fureur détruit la vie, les plantes et les bêtes, sans que ce crime leur inspire le moindre remords. Leur conscience – s’ils en ont une – est toujours muette.

C’est pourquoi, vous qui me lisez, vous qui savez et qui avez compris, vous avez un rôle immense à remplir et c’est vous qui portez la responsabilité de l’avenir. Si votre ténacité réussit à empêcher les massacres dont on nous menace, si grâce à vous nous pouvons sans honte laisser de France en bon état à nos enfants, vous aurez bien mérité de la Patrie, je vous le dis. Vous aurez été les soldats d’une nouvelle résistance, et votre victoire sera celle de la Nation toute entière. Voilà de quoi donner du courage à tous les hommes qui ont encore un cœur, et qui savent ce que c’est que la vie.
G. BECKER
Député du Doubs
accessoirement, si vous êtes curieux de savoir qui était ce Becker, voyez ici. Il est mort …. (1905-1994)

« Bernard Charbonneau a eu la conviction que son siècle serait en même temps,
et pour les mêmes raisons,
celui du totalitarisme et du saccage de la nature
. »
(Daniel Cerézuelle, dans son livre sur Bernard Charbonneau:
« Ecologie et liberté » Edition Parangon/vs
wwweditions-parangon.com

et 33 ans plus tard Cabrel chantait

FABRICE NICOLINO

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