09 mars 2018 ~ 0 Commentaire

chronique de la gentrification

Planetisaton, métropolisation, gentrification… ce que le régime capitaliste fait des villes
source : http://www.librairie-tropiques.fr/-4

Pour définir la conversion d’un quartier populaire en quartier de « classes « moyennes » (mot de code pour éviter de dire « supérieures »!) éduquées (très important ! En-dessous de la maîtrise de nos jours vous êtes un Untermensch un sous -homme) et branchées », un vocable a été importé d’Angleterre à la fin du XIXème siècle, quoi que le phénomène n’est devenu caractéristique qu’à la fin du XXème,  : gentrification. Mais, avant d’analyser ce phénomène, il faut en comprendre l’origine. Or celle-ci a partie liée avec un processus socio-spatial qui se situe à un autre niveau et à une autre échelle : la métropolisation, soit la constitution de pôles urbains qui se distinguent des autres villes par une dynamique et un rayonnement très supérieurs, souvent aux dépens de celles-ci. Cependant, pour être expliquée, la métropolisation doit être elle-même à son tour rapportée à une évolution plus globale planétaire : la mondialisation de l’économie de marché ou, en termes moins convenus mais à la fois plus critiques et plus scientifiques, la transnationalisation du capitalisme soit le développement de ce dernier indépendamment du cadre national, sa dynamique étant devenue de plus en autonome à l’égard de l’État sous l’effet du néo-libéralisme. C’est donc cette évolution planétaire, qui n’est pas seulement économique mais aussi démographique, sociale, culturelle et, finalement, politique, même si l’économie est déterminante, qu’il conviendra de choisir comme point de départ pour rendre compte de la métropolisation de certaines villes et de leur environnement urbain puis de la gentrification de certains de leurs secteurs.

« Villes mondiales »(en français) ou « globales » (en anglais), pour les plus importantes, capitales continentales ou régionales pour les autres, les métropoles vont constituer les points d’ancrage et d’appui territoriaux d’un capitalisme devenu transfontière. La concentration organisationnelle de ce dernier à l’échelle planétaire dans des firmes et des groupes (industriels, financiers, commerciaux, médiatiques…) va de pair, en effet, avec la concentration spatiale des fonctions de commandement, décisionnelles et directionnelles, sur quelques régions métropolitaines renforcées et remodelées sous le double signe de l’« attractivité » et de la « compétitivité ». C’est dans la partie centrale de l’aire métropolitaine que se regroupent ces fonctions, avec les services (finance, conseil, publicité, hôtellerie de luxe, restauration et loisirs « haut de gamme », tourisme (« industrie » touristique!)…) et les équipements afférents (complexes de bureaux pour sièges sociaux, palais des congrès, parcs d’exposition, maisons d’opéra, auditoriums…), ainsi qu’une partie de la bourgeoisie, l’autre préférant vivre au large dans les banlieues « résidentielles », et des franges aisées de la petite bourgeoisie intellectuelle1 — la soi-disant « classe créative » —, attachées pour des raisons à la fois professionnelles et de mode de vie à la centralité urbaine.

Cependant, les cœurs de villes ne sont plus sont assez vastes et bon marché en matière de logement pour accueillir ces dernières. Ce qui donne lieu à une colonisation des anciens quartiers ou des faubourgs populaires par une partie des professionnels (= terme anglais désignant ceux qui ne font rien de leurs dix doigts, et ont des métiers « intellectuels » où on ne se salit pas, ne produit rien du tout, mais travaille dans des métiers qui s’obtiennent au bout de longues études universitaires, et qui rapportent de hauts revenus et du prestige, les autres professions si elles ne sont pas fort payées ni ne produisent des biens concrets, ou sont manuels n’ont pas droit à cette appellation, c’est bon pour le peuple ! « populiste » fi donc est devenu une injure !) de la « société de services », avec pour effet, hausse des loyers ou des prix des logements aidant, d’évincer vers des périphéries de plus en plus lointaines les occupants précédents (exemple ce qui est arrivé aux habitants du quartier Saint-Leu à Amiens). Un transfert de populations urbaines favorisé par les politiques publiques dites de « requalification urbaine » menées par des élus locaux soucieux de « revaloriser l’image de la métropole », qui reviennent en fait à réserver l’accès à l’habitat dans les zones concernées à des gens « de qualité ». Ce qui fait dire à de mauvaises langues que l’on assiste ainsi, sur le plan urbain, au « grand remplacement des prolos par les bobos » !

Cette mutation s’accompagne d’une transformation du cadre de vie… ou de ville : le petit commerce et l’artisanat traditionnels ont fait place aux « boutiques » ou aux bars « lounge », les locaux industriels et les entrepôts aux galeries d’art ou aux « lofts », des places ont été réaménagées en « espaces du « vivre-ensemble » et des rues piétonnières en « malls » décorés pour être de temps à autre animées par des « événements » festivo-culturels, autant de symboles de prestige pour la métropole. Un atout non négligeable face à la concurrence de rivales dans le cadre de la « concurrence libre et non faussée » qui les opposent pour « attirer les investisseurs et la matière grise ».

Enfin de compte, métropolisation et gentrification ne font qu’accentuer l’un des traits propres à l’urbanisation capitaliste régie, comme le reste du monde social, par la logique du développement inégal et combiné : la polarisation et la ségrégation socio-spatiales. Le fameux « droit à la ville » pour tous dont le sociologue critique Henri Lefebvre s’était fait le chantre a été réduit à un slogan. Car dans une ville livrée aux entrepreneurs, constructeurs, promoteurs et spéculateurs en tout genre, il est devenu de plus en plus exclusif et excluant.

 

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Léna Aya Shereine |
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