25 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

l’exploitation du rat par le rat

Une expérience scientifique connue sous le nom de « les rats plongeurs »: Six rats affamés dans une cage à une extrémité; à l’autre extrémité de délicieuses croquettes spécialement conçues pour les rats; au milieu un bassin rempli d’eau pouvant aussi être appelé « piscine ».

Au départ, surtout lorsqu’ils n’ont encore jamais nagé, les rats n’aiment pas trop aller dans l’eau, surtout s’il s’agit de nager en apnée (un « plafond » en plastique transparent est posé à la surface de l’eau pour empêcher les rats de nager à la surface). Vont-ils tous  aussitôt plonger dans la piscine pour aller chercher les graines de l’autre côté? Non, dans la Nature cela ne se passe pas forcément comme cela!

Apparaissent alors, en effet, deux rats exploiteurs qui poussent à l’eau deux rats exploités qui vont chercher les croquettes pour, au retour, se les faire prendre par eux et ne peuvent eux-mêmes se rassasier que lorsque la voracité de leurs « maîtres » est assouvie…!

Et les deux autres? L’un d’entre eux est un rat couard; il ne va pas dans l’eau préfère rester de son côté, en essayant de récupérer quelques infimes miettes délaissées par les rats dominants, c’est la clochard « outcast ».

Et le sixième? C’est un rat autonome; il plonge, lui aussi, en apnée dans le bassin, va chercher les croquettes et s’en nourrit, sans se préoccuper des autres ni se laisser faire par eux.

Expérience des rats plongeurs

Cette étude universitaire, réalisée en 1994, a donc mis en évidence un facteur de différenciation sociale chez des rats de laboratoire: la peur. La création d’un stress aboutit à la création d’une hiérarchie sociale de type exploiteurs – exploités – opprimés – avec, quand même aussi des autonomes. En comparaison avec ce que font les rats l’être humain n’aura guère inventé que la persécution des autonomes

Au départ il s’agissait seulement pour l’expérimentla peuateur, Didier Desor, chercheur au laboratoire de biologie comportementale de la faculté de Nancy, d’étudier leur aptitude à nager. Et comme souvent, l’on veut étudier une chose et l’on en découvre une autre! « La science est fille de l’étonnement » a dit Platon. Didier Desor a  donc réuni six rats dans une cage dont l’unique issue débouche sur un bassin qu’il leur faut traverser pour atteindre une mangeoire distribuant de la nourriture. Rapidement, il constate que les six rats ne vont pas chercher leur nourriture en nageant ensemble. En fait, sur les six seulement trois passent de l’autre côté du bassin pour aller chercher la nourriture.

Et sur les trois qui plongent un seulement, dans un premier temps, peut « travailler » pour lui-même. Les autres sont contraints de travailler pour deux non-plongeurs, dans l’espoir, plusieurs fois vain, de pouvoir profiter du fruit de leur « pêche ».

Des rôles sont donc apparus ainsi répartis: deux rats nageurs exploités, deux rats non nageurs exploiteurs, un rat nageur autonome et un rat non nageur souffre-douleur.

Les deux rats exploités dominés vont chercher la nourriture en nageant sous l’eau. Lorsqu’ils reviennent à la cage, les deux rats exploiteurs dominants les frappent et leur enfoncent la tête sous l’eau jusqu’à ce qu’ils lâchent leur butin. Ce n’est qu’après avoir nourri les deux exploiteurs que les deux exploités soumis peuvent se permettre de consommer leurs propres croquettes. Les rats exploiteurs ne nagent jamais, ils se contentent de tabasser les nageurs pour être nourris par eux!
Le rat autonome est un nageur assez robuste pour ramener sa nourriture et passer le barrage des exploiteurs afin de se nourrir à partir de son propre labeur. Le souffre-douleur, enfin, est incapable de nager et incapable d’effrayer les exploités, alors il se contente de ramasser les miettes tombées lors des pugilats.

La même structure deux exploités, deux exploiteurs, un autonome et un souffre-douleur se retrouve dans les cent cages où l’expérience fut reconduite.

Expériences suivantes

Pour mieux comprendre ce mécanisme de hiérarchie, Didier Desor place ensuite six exploiteurs ensemble. Ils se battent toute la nuit. Au matin, Didier Desor voit qu’ils ont recréé les mêmes rôles: De nouveau, deux exploiteurs, deux exploités, un souffre douleur, un autonome. Et, chose encore plus extra-ordinaire, l’on a, à chaque fois, obtenu encore le même résultat en réunissant six exploités dans une même cage, puis six autonomes, puis six souffre-douleur.

Puis l’expérience a été reproduite avec une cage plus grande contenant deux cents individus. Les deux cents se battent toute la nuit. Le lendemain il y avait trois rats crucifiés, écorchés vifs par les autres.

Bilan: Plus la société est nombreuse plus s’accroît la cruauté envers les souffre-douleur. Parallèlement, les exploiteurs de la cage des deux cents rats entretiennent une hiérarchie de « capos »afin de répercuter leur autorité sans même qu’ils aient besoin de se donner eux-mêmes le mal de terroriser les exploités.

C’est fou ce que tout ça ressemble à ce qui se passe dans les sociétés humaines !

En fait, dans 99% des expériences le même scénario se répète. L’on aurait donc pu croire que cela se passe toujours ainsi; ce n’est pourtant pas le cas: en effet, dans 1% des cas tous les rats du groupe expérimental sont plongeurs! Nous verrons plus loin quelle interprétation il est est éventuellement possible de tirer de cette observation.

Examen des cerveaux

Autre prolongation de cette recherche, les scientifiques de l’Université de Nancy ont ensuite  ouvert les crânes et analysé les cerveaux des rats de l’expérience. Or, chose elle aussi étonnante, ils se sont alors aperçu que les plus stressés n’étaient ni les souffre-douleur, ni les exploités, mais les exploiteurs. Ils devaient affreusement avoir peur de perdre leur statut privilégié de dominants  (d’où les réactions de cruauté féroce des classes dominantes lors des répressions de révolutions que nous montre l’histoire, exemple en août 1919 en Hongrie à la chute de Bela Kun, le massacre de la classe ouvrière finlandaise en avril 1918, les massacres après la chute des Gracques, après la chute d’Allende, de la Commune de Paris, de la République des Conseils de Münich, etc, etc) et donc d’être ensuite contraints de devoir eux-mêmes lutter pour leur nourriture.

A préciser aussi: la différence de comportement observée ne provient absolument pas d’une incompétence de tel ou tel rat à la nage; les expériences conduites pour vérifier ce point montrent que 100% des rats savent nager et transporter de la nourriture en nageant.

Des rats exploiteurs traités aux anxyolitiques (tranquillisants) deviennent exploités. Inversement des rats dominés non traités aux anxyolitiques deviennent dominants en présence d’autres rats traités, eux, aux anxyolitiques. Il apparaît cliarement que ce sont les rats les plus anxieux qui ne plongent pas. Il s’agit donc clairement une interaction sociale.

Didier Desort déclare: « Il n’y a pas de fatalité ». « Le rôle que va prendre un rat dépend des autres. » « C’est manifestement un phénomène de nature sociale, puisque, selon le groupe dans lequel un rat est situé, son statut peut varier ».

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Léna Aya Shereine |
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